Ecuador man, Ecuador

Publié le par Gaspard Fenicottero

 

L'atterrissage à Quito est plutôt désagréable. Surtout en lendemain de soirée punk à Mexico.
Pour se glisser dans les Andes, le pilote pique à pic, et nous voyons la vallée endormie mais brillant de mille feux à travers les meutrières de l'avion. La ville s'étend sur 70 kilometres avec parfois moins de mille mètres de larges.
Depuis la terrasse de notre posada colonial, nous voyons des colines recouvertent de maisons basses à perte de vue. Les fenêtres sombres découpées sur les façades blanches sont les milles yeux de Quito. Ils nous observent tandis que nous croyons l'inverse, et de leurs bouches sortent des rythmes de reggaeton.
A 2800 mètres d'altitude, personne ne quitte Quito, et au bout d'une semaine nous sommes encore là, dans la ville dominée par la Vierge d'Aluminium, qui protège la ville peut etre moins bien que la Mama Lucha, le plus gros gang de la capitale écuatorienne.

 

Mon altimètre indique 3400 mètres. Autour de nous, les eucalyptus et les terres cultivées n'ont pas l'air de s'en soucier, pas plus que les femmes et enfants qui grimpent dans les champs vertigineux pour ramasser le blé et les fèves qui poussent sous de magnifiques fleures violettes.
Les Andes écuatoriennes, ce sont des montagnes ciselées, au sol de sable et aux ombres rares. Bien que la végétation pousse jusqu'a 4000 mètres, on sent immédiatement l'hostilité de la nature qui nous en met plein les yeux.
A Quilotoa, où nous passons notre première nuit andine, un cratère s'est transformée en lac dont nous mangerons les poissons le soir même, à plus de 3800 mètres d'altitude et moins de 4 degrés. Le ronflement du poil à bois me réchauffe l'âme, moi qui il y a dix jours trainais mes tongs sous le soleil de Mexico.
Les Andes sont peuplées, et parfois, après plus d'une heure à marcher dans un canyon qui ravirait Sergio Leone, nous croisons une dame seule, en jupe plissée et souliers vernis, coiffées de l'immuable chapeau de feutre. Parfois elles portent aussi une machete où se reflètent leurs dents en or.
Les chiens eux aussi sont partout, car nul part l'homme ne vit sans son meilleur ami. La recontre avec deux d'entre eux visiblement en désaccord avec cette notion de lien immuable me rappelle à ma condition animale. Je brandis mon bâton d'eucalyptus et eux leurs crocs, et s'ils pouvaient lire dans mes pensées tremblantes, ils n'hésiteraient pas un instant. Ils grondent, aboient, s'approchent toutes dents dehors, pour finalement s'éloigner en me voyant rejoints par une amie plus courageuse que moi, également armée d'un bâton. Même pas peur.
Outre les aboiements éparses des chiens, c'est le bruit du vent qui obsède. Brassens avait raison, soufflant à travers la montagne il peut rendre fou. Comme des hurlements d'ésprits maudits et dérangés par nos pas, le vent s'engouffre dans les vallées abruptes et fait chanter les rares câbles, en nous recouvrant du sable blanc que nos pieds aident à arracher au sol.
Et pourtant, quel bonheur que de marcher jour après jour dans ces montagnes pleines de vie, où les plateaux disparaissent dans le vide des canyons, sous le regard sévère des sommets. On en redemand'Andes.

 

Ecuador man, Ecuador

Publié dans Récit de Voyage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article