La niña del Revolución

Publié le par Gaspard Fenicottero

San Cristobal de las Casas, capitale touristique du Chiapas, accueille depuis de nombreuses années une cohorte d'occidentaux, attirés par les montagnes mais surtout par la spiritualité du lieu, et ses échos zapatisto-révolutionnaires. Ici, on vent des t-shirt à l'image du Sous Commandant Marcos, et des petites poupées de guerrillera zapatista.
Et bien, sur, on y croise des dizaines de blancs aux cheveux longs, portant des habits "fait-mains", et insistant pour qu'on leur achète l'un des bijoux qu'ils font sous nos yeux, et sous l'effet du cannabis, dans les rues piétonnes de la ville.

Il n'est donc pas étonnant que le bar le plus chaud de San Cristobal, du moins le plus connu par les lecteurs du Routard et du Lonely s'appelle le Revolucion. Entre reggae et drum n'bass, les Dj's font sauter un public aux têtes bien plus blondes que dans le reste du pays., tandis que le mezcal et le sacrificio maya ( cocktail explosif a base de Kaluha et de Tequila ) coulent à flot. Nous connaissons tous les titres que passe le DJ's, et pour un instant, il serait plus facile d'affirmer que nous sommes à Chamonix plutôt que dans le Chiapas.

Perdue dans la foule maintenant ivre et transpirante, je repère une petite tête brune, immobile au milieu des vagues de dreadlocks. C'est une indigena, de ces petites filles  à la peau sombre que l'on voit partout dans le centre ville, et qui portent toutes l'habit traditionnel et trainent autour des touristes pour tenter de vendre des peignes en bois et des statuettes en laine. Celle-ci tient un bouquet de rose, qu'elle n'essaie même plus de vendre. Comme envoutée par le bruit assourdissant du morceau de Damian Marley, et presque écrasée par les danseurs alcoolisés qui l'entourent, elle regarde en l'air, les yeux dans le vide, le bouquet de roses colé contre son torse.

Je me dirige vers elle pour lui rappeler qu'une petite fille de dix ans n'a rien à faire à minuit dans un bar dont la clientèle est de moins en moins fréquentable. Je la guide doucement vers la sortie, et regarde sa longue tresse noire se perdre dans les rues de la ville. Parfois, le tourisme me fout la gerbe.

 

La niña del Revolución

Publié dans Récit de Voyage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article