Au royaume des cons

Publié le par Gaspard Fenicottero

Crucita est le nom de l'un des nombreux petits villages de pêcheurs qui s'alignent le long du Pacifique entre Canoa et Manta. Ici les pélicans sont partout, le soleil se couche face à la plage et, en septembre, la tête sous l'eau, on peut entendre les dauphins qui ricanent au large.
À l'une des extrémités du Malecon, se trouve l'hostal Voladores, où un intégriste du parapente a monté avec sa femme un superbe lieu. A quelques mètres de la plage, autour d'une cour et d'une piscine, on profitait du soleil depuis 14 ans lorsque le pire du mot "propriedad" est venu essuyer ses pieds sur le paradis.
Le voleur bedonnant n'avait jamais pris la décision d'acheter le terrain vide qui le séparait de l'Océan, parce que lors des grandes marées, la terre se gorgeait d'eau salée. Aujourd'hui, lorsqu'il prend son petit déjeuner face à l'immeuble de neuf étages qu'un promoteur nord-américain online à fait construire, sa bonhomie se masque d'aigreur. Depuis quatre ans Los Voladores ne voit plus le soleil, pas plus que les propriétaires des appartements, vides et pour la plupart à nouveau en vente. La nuit, une fenêtre est allumée, celle du gardien du seul immeuble de la région.

Pas la peine de traverser l'Océan et la forêt amazonienne pour se trouver face à la bêtise humaine dans toute sa splendeur. La Ciotat, comme tout endroit ou l'homme a posé le premier barbelé porte elle aussi la trace dégoulinante de la stupidé humaine.

C'est aussi à quelques mètres de la plage que se déroule l'histoire. En plein cœur de la ville, un jardin immense, entouré de hauts murs et remplies d'arbres aussi beaux que variés est devenu le théâtre de la plus triste des comédies. Sans maison, ce terrain où personne d'autre que le jardinier n'entrait était le poumon de la ville dont la généreuse propriétaire ne profitait pas, préférant la grande vie parisienne aux bords de la mer. Pour les voisins dont les balcons donnent sur le jardin, chaque matin devait être un enchantement, permettant d'alterner mer et forêt en un battement d'œil. Trop beau pour être vrai, peut être.
Alors, depuis des années la dame au jardin attaque en justice les gens aux balcons. Et ils perdent. La mort dans l'âme, les propriétaires dont certain ont économisé pendant des années pour une maison au bord de l'eau montent des murs en brique sur leurs balcons, fermant à jamais leurs yeux sur le jardin, et sur la mer.
Plus loin, un parc à petits bateaux de plaisance et autre barques pour promenades dominicales a été vendu sans préavis à une chaîne d'hôtels de luxes, poussant les marins du dimanche à vendre au plus vite les bateaux qu'ils tenaient parfois de leurs grands parents, face a l'impossibilité de reloger leurs embarcations.
Plus haut dans les terres, un magnifique village de montagne à été vidé de ses habitants pour devenir un terrain de jeu pour l'armée française.

Alors que les pires représentants de notre espèce se battent pour mepriser encore un peu plus leurs semblables, le proprietaire des Voladores de Crucita allume sa cigarette et dit, un sourire aux levres, qu'au moins il peut maintenant passer l'après midi chez lui sans souffrir du soleil et du vent. Puis il monte dans son pick-up pour aller voler une quatrième fois de la journée, à cent metres au dessus de son petit coin de paradis. 

 

Au royaume des cons

Publié dans Récit de Voyage

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