Des rails aux câbles

Publié le par Gaspard Fenicottero

Ça y est, il pleut, mais on s'en fout. Les gouttes me frappent le visage, mais elles n'effacent pas mon sourire. La jungle s'ouvre devant nous, déchirée par les rails qui relient Cordoba à San Cipriano, à moins d'une heure du Pacifique. Nous sommes assis sur des bancs en bois, arrimé à un charriot sur rails propulsé par la roue arrière d'une moto. Ces trains de fortune sont le seul moyen de rejoindre San Cipriano où nous passerons quelques jours. Qu'importe le village, le transport pour s'y rendre suffirait à rendre attractif un hameau fantôme du Nord-Pas-de-Calais. Alors quand en plus il s'agit d'un minuscule village de la communauté afro-colombienne au bord d'un magnifique Rio où l'on peut sauter des arbres dans une eau cristalline, le voyageur a tendance à figer un sourire niaiseux sur son visage suintant de transpiration et de pluie tropicale.

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J'ai toujours eu un problème avec les téléphériques. Le court laps de temps pour glisser mon surf dans le porte-ski, qui comme son nom l'indique n'est pas fait pour les surfs, m'a toujours angoissé, et la terreur de voir partir ma planche sans moi a hanté mes meilleurs journées de sport alpin.



A Medellin, l'avantage est qu'on est pas obligé de porter une planche trempée de neige et des habits trop chauds pour monter dans un oeuf. La ville qui a gagné le prix de l'innovation devant New-York utilise les Cables comme moyen de transport au quotidien, pour accéder aux quartiers les plus hauts ( et les plus pauvres ). Pendant près d'une demi heure, nous survolons les maisons en briques rouges, observant à la sauvette des scènes de vie sur les toits ou dans les ruelles de la ville. Puis les briques deviennent planches, cartons et tôle, et le goudron disparait pour laisser place à la terre battue. Autour de ces maisons de bric et de broc, des potagers en terrasse observent Medellin. Les habitations s'espacent, et la ville laisse naitre le village et la campagne. Une maison est entourée de plantations de café et de bananiers, et nous volons au dessus de vaches qui ne lèvent même plus la tête sur notre passage. Nous grimpons maintenant presque à la verticale, et à part une petite ferme, c'est la nature qui reprend le dessus, jusqu'à ce qu'on franchisse enfin un col pour rejoindre le plateau qui domine la ville de Pablo Escobar. Toujours dans notre oeuf, nous parcourons la forêt à hauteur de la cime des arbres. Puis une fois descendu, nous allons nous perdre dans une forêt vide, à moins de trente minutes de la plus urbaine des villes de Colombie.

Des rails aux câbles

Publié dans Récit de Voyage

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François Journet 29/10/2014 15:07

Je te câble un micro-commentaire Gaspard: merci de faire partager ce rail. A bientôt pour la suite!
François