Monkey Face

Publié le par Fenicottero

Monkey Face

Je respire mal, je transpire déjà du visage. Quand je parle mes oreilles vibrent de ma propre voix. Ma vue est réduite par les paupières en latex du macaque qui me prend la tête. Je porte un Jean, une veste noire et un masque de singe.

Animaux, tueurs hollywoodiens, masques d’Anonymous, sourires figés et regards étranges. Une bonne partie des invités a suivit la consigne de la soirée masquée. Je suis assis face à un porc et un coq, qui sirotent une bière en relevant le bas de leurs masques. Le jardin est grand, la soirée bat son plein.

 

J’ai acheté mon masque ce matin dans une boutique spécialisée, hors de prix, et malgré plusieurs tentatives et de longues palabres, je n’ai pas pu payer en monnaie de singe. Ce mauvais jeu de mot et mon masque sous le bras, j’ai traversé Paris.

Et me voilà, à moitié défoncé, en train de renverser la théorie de Darwin. En arrivant, j’ai repéré un masque absolument dingue, une espèce de lune de la commedia dell’arte. Suivant tête-de-lune, j’entre dans la maison. De-ci-delà, des petits groupes se sont formés, et une douce odeur de Marie-Jeanne plane sur les bières ouvertes. Venus avec le dernier métro, de nouveaux invités se joignent à nous, et je me surprends même en train de danser. Mais il faut pourtant que j’arrête de me trémousser : j’ai la dalle.

 

Zigzagant entre les invités pleins et les bouteilles vides, j’atteins la cuisine, et cherche quelque chose à me mettre sous la dent. La table et le plan de travail sont recouverts de sachets de chips éventrés, de bières-cendrier et de paquets de clopes vides. J’avise un saladier, mais quelqu’un a écrasé sa cigarette sur les dernières tomates.

Je me sens enfermé, bloqué et affamé au milieu de gens ivres, et je tente de rejoindre le jardin, sans rien avoir mangé. Alors que je parviens enfin à m’extirper de la pièce, une main se pose sur mon épaule.

En me retournant, je me retrouve face à un Batman qui me tend un petit régime de bananes, sous les rires de ses potes. Mimant le singe, je m’en empare en me disant que ce con vient de résoudre mon problème. Puis je retourne m’asseoir sur une chaise de bar, posée au milieu du jardin. Perché, j’observe la soirée et décroche la première banane. A mes pieds, le Cochon mange des chips, et le Coq fume une cigarette en silence.

Mon masque, rendu définitivement collant et suant, a l’avantage d’être un peu plus souple qu’en début de soirée, et je peux maintenant glisser des bouts de banane entre mes lèvres synthétiques.  

Le jardin s’arrête à ma droite sur une chambre indépendante de la maison, véritable petit cottage privatif dans un jardin parisien. Le Cochon fait remarquer que vu la météo de la capitale, ça ne doit pas toujours être un bonheur de traverser le jardin pour rejoindre la petite chambre isolée. Il ajoute que pourtant la boue, ça ne le dérange pas. Le Coq s’est levé et fait les cents pas autour de moi, les mains croisées dans le dos. On s’ennuie un peu, je propose donc de rouler un autre pétard. Ils acceptent.

Quelques minutes plus tard, le joint glissé entre les lèvres, j’attire mon régime de banane et l’attention du Cochon et du Coq au pied du mur de béton. D’un geste, je jette les bananes sur le toit, et entreprend de les y rejoindre. Pour un mec qui a déjà bu deux bons litres de bières et fumé quelques joints, je grimpe relativement aisément sur le petit toit. La basse-cour monte à son tour, et le Coq et le Cochon s’asseyent autour de moi. J’allume le joint, et bats le rythme de la sono avec ma main gauche. Mes chaussures me font mal, elles sont trop neuves. Je les retire, et je sens mes pieds revivre et doubler de volume. Trop petites, putain.

Le Cochon commence à en tenir une bonne, et il se relève en chancelant. Il finit sa bière d’une traite et la jette dans le jardin. Puis il lâche un magnifique rôt, qui résonne contre les murs de la maison. Il contemple ensuite les invités avec satisfaction, attendant leurs réactions. La propriétaire des lieux, une petite chatte aux sourcils arrogants, traverse le jardin pour se placer au pied de notre perchoir. Elle menace le Cochon de le virer s’il ne descend pas immédiatement du toit, avec ses deux connards de copains.

Le Coq s’est levé en un instant, et bombe le torse. Il insulte la Chatte, qui ne minaude plus du tout. Hilare, le Cochon tend son gros majeur boudiné vers la propriétaire. Moi, je n’ai plus faim, et cette ambiance qui monte me plait. Je me dresse à mon tour sur les pieds. Mes jambes sont vives, et je fais des allers retours sur le toit, en retrait de la scène.

J’ai envie de courir de partout, et je sais que je pourrais facilement rejoindre le toit principal de la maison en suivant le muret à ma droite. Alors que le Cochon vient de cracher un mélange de bière et de chips en direction de la féline demoiselle, je m’agrippe à la gouttière, et me poste au sommet, ce qui détourne l’attention de la propriétaire, qui dévie dans ma diretion son flot d’insultes et de menaces sifflantes.

Je me dresse sur mes pattes arrières, et la toise de toute ma hauteur. J’ai envie de bondir, et d’atterrir sur sa face, les pieds en avant. Mais non, je me contente de sautiller en poussant des cris aigus, avant de lui lancer une peau de banane.

 

L’ambiance est montée d’un cran, et les amis de la Chatte l’entourent maintenant. A sa gauche, un crétin au visage peint de rouge et noir nous menace avec un double sabre laser terriblement réaliste. Mon ami Batman de la cuisine est aussi de la bande, accompagné du tueur de Scream.

Le Cochon n’en peut plus de rire, et son comportement ne fait que tendre un peu plus la situation. Craquant soudainement, le Coq pousse un grand cri de guerre, et se jette du toit pour retomber devant le groupe de râleurs. Heureux, le Cochon se laisse glisser au sol, et se rue à quatre pattes pour rejoindre son pote le Coq.  

Excité comme une puce, je traverse en équilibre le bord du muret, avant de sauter jusqu’au toit de la maison, me retrouvant ainsi juste derrière le club de justicier. J’entreprends donc de leur lancer des bananes, visant principalement le dos de Batman. Agacé, il  se retourne et me voit.

En un instant, il hisse sa carcasse sur la première fenêtre, et saute avec une force peu rassurante jusqu’à la gouttière, avant de grimper sur le toit. Mais ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace, et à peine le justicier de Gotham s’est-il redressé fièrement pour m’expliquer que le crime n’a pas sa place dans sa ville, que j’envoie mes jambes contre son torse, et l’éjecte au bas de la maison. Putain, cette soirée commence à me plaire !

En bas, le Coq en est venue aux pattes avec le tueur de slasher, et je peux voir qu’il tente de lui planter le bec dans le grand œil noir de son masque. Le Cochon a fait basculé la Chatte au sol et l’a immobilisé, mais elle tente encore de le griffer et de le mordre pour le repousser.

De son côté, Batman est coriace, et le voilà qui repart à la charge, grimpant à toute vitesse pour me rejoindre sur le toit. Ennuyé, je saisis une tuile, et la lance dans sa direction. Habile, il l’évite, et se rue sur moi. Alors qu’il va m’attraper, je saute le plus haut possible, et passe au dessus de lui. J’en profite pour lui assener un violent coup de brique derrière le crâne. J’exulte. Lui ne bouge plus.

En bas, la soirée s’est transformée en bataille rangée. Les rares invités qui ne portent pas de masque ont quitté les lieux dans un cris, et au milieu du jardin, ma basse cour préférée s’en donne à cœur joie. Le Coq a finalement atteint les yeux de Scream, et ce dernier rampe pour tenter de s’éloigner de la cohue. Le Cochon, quant à lui, est toujours allongé sur la Chatte, qui ne résiste plus du tout. Il se relève enfin, poussé par l’homme au visage de lune à qui il assène un vilain coup de croc au ventre. Excité par l’odeur du sang, un Chien en costard jappe à côté du Coq, qui s’en prend maintenant à un petit oiseau voulant défendre la propriétaire.

Depuis mon arrivée dans la maison, je me sentais plus fort, plus libre, et mon corps lui-même vibrait d’un plaisir nouveau, douloureux mais puissant. Et enfin, je me libère. Mon corps se gaine, ma colonne se tend, se courbe et claque, mes bras touchent le sol, et mes habits m’étouffent. J’arrache ma veste d’un geste, tandis que mes pieds se débrouillent d’eux même pour se libérer de mon jean. Au sol, le Cochon vient de tomber à quatre pattes, et sa graisse fait claquer ses habits.

Les plumes du Coq brillent de mille feux. Le Chien, la langue pendante, passe à l’attaque pour lui couper la gorge. Je saute de toutes mes forces du toit, et atterrit sur son dos poilus. Le temps qu’il comprenne ce qui lui arrive, j’ai placé mes pattes autour de son coup, et je sers de plus en plus fort, en poussant de grand cris de satisfaction. Il résiste, aboie, tente de me mordre. Mais je plante mes crocs dans son cou et arrache une bouchée de chair et de sang. Le Chien vibre encore un instant entre mes pattes, puis s’immobilise totalement. Je me redresse et observe mes amis. Cochon est au sol, et mâchouille le bout de viande que j’ai recraché. A côté de lui Coq a cessé de se battre et entreprend de se promener dans le jardin, picorant de ci-delà des restes de l’apéro tombés au sol. Voyant une banane intacte dans l’herbe, je m’en saisit délicatement et grimpe dans l’arbre le plus proche.

 

Publié dans Nouvelles Absurdes

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Richard 10/03/2015 09:47

Do you like hurting other peoples?

Fenicottero 10/03/2015 12:04

Demande au singe

aubrey 09/03/2015 11:14

Together we march.