Par la peau du Dru

Publié le par Fenicottero

Ce texte est le résultat d'un atelier d'écriture pour le site Fatche2.fr

Il s'agit de parler à la première personne d'un personnage placé dans un lieu précis : l'angle du boulevard des Dames et de la rue de la République, dans le 2ème arrondissement de Marseille.

 

 

Je suis le bouton d’acné au milieu du front de la greluche la mieux roulée de la classe. Je suis la tâche de vomi sur le nouveau crépi rose de mamie. Je suis une usine de  pétrochimie dans le jardin d’Eden. Sauf que le bouton, le vomi et l’usine étaient là avant la blondasse, le crépi moche et le potager biblique. Je suis le seul immeuble défoncé de la rue de la République, et c’est pas près de changer.

Ils ont tout nettoyé, ils ont briqué tous les voisins, leur ont fait reluire le parpaing, et gratiner le magasin. Tout beau, tout propre. Comme les mecs payés pour rendre au cadavre la tronche qu’ils n’ont pas eu de leur vivant. Sauf que moi, ils ne m’auront pas. J’étais beau avant, bien installé au croisement du Bd des Dames et de la Rue de la Rép’. J’étais peinard, le nez plongé dans les fallafels de mon pote du Babylone, et les yeux divaguant du côté de chez Euromode, prêt à porter feminin. Une sacrée boutique celle-là, belle comme un soutien-gorge et accueillante comme une culotte de grand-mère. Maintenant elle n’est plus là, et moi j’ai tout perdu. J’ai la façade maussade et vous l’avez vu, des fois j’ai même la brique à nu…

Mon Euromode, c’est Euromed qui l’a buté. C’est lui qu’avait convaincu tous mes vieux potes de se refaire une santé. Un par un, ils ont cédé, lourdant les habitants qu’avaient plus assez d’oseille pour s’adapter au nouveau quartier.

Mais ma pomme, je vais vous dire un truc, ils sont pas prêts de l’avoir. Ils voudraient me  transformer en hôtel, mais j’ai comme qui dirait découragé les plus motivés. Je les ai senti me grimper l’escalier principal alors que je pionçais encore. Déjà, quand on me tripote le bas-ventre sans me demander mon avis, j’ai tendance à palpiter. Mais quand en plus, c’est une bande de sinistres avec des costards et des valoches à la main et sous les yeux, je bouillonne.

J’ai tout de suite reconnu la bande de requins d’eau sèche qu’avaient surinés ma beauté d’Euromode… Alors je les ai laissé monter jusqu’au sommet, et puis… qu’est ce que vous voulez, ça vieillit mal des escaliers ! C’est pas ma faute, mais c’est vrai que je suis un peu vétuste.

Les copains des requins ont finit par s’inquiéter, et ils ont envoyé d’autres costards pour me vérifier. Rebelote le coup des escalier, assaisonné d’une poutre mal fixée. C’est pas ma faute, mais c’est vrai que je suis un peu pourri.

Avec le temps, ils ont pris peur, et ils ont foutu des chaines à toutes mes portes, et des planches à toutes mes fenêtres. Ils ont même barrièrisé ma petite rue, comme s’ils pouvaient me tirer par la peau du Dru. Demandez aux branches de platane que j’ai broyé, si on peut m’amadouer. C’est pas ma faute, mais c’est vrai que je suis un peu agacé.

Les chaines et les cadenas, c’est les banquiers qui les ont mis. C’est pour vous, c’est pas pour moi. Parce que franchement, si vous voulez passer, faut pas hésiter.

Par la peau du Dru

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Evy 29/01/2016 22:39

Petit passage dans ton univers pour te souhaiter un bon week-end bisous Evy

Evy 06/01/2016 15:51

Que le chemin de l’année 2016 soit parsemé d’éclats, de joie, de pétales de plaisir, un zeste de réussite, des tartines de santé.
Evy