Belle-routh l'aventurière

Publié le par Fenicottero

Consigne de l'atelier, animé pour la première fois par moi-même :

 

Ecrivez le récit d'une aventure peronnelle, tirée de votre propre vie, sans l'utilisation de la première personne.

 

 

De toutes les rues de Beyrouth, celle-ci n’est pas des plus typiques. Si l’on n’entendait pas les R roulés des « bonjourrrrrrr » que se lancent les rares passants de cette rue plutôt déserte, on pourrait s’imaginer à Marseille, Naples, Athènes ou Tunis. Les murs sont noircis par les pots d’échappement des voitures et le manque de volonté de la municipalité. Des deux côtés de la rue, des voitures sont garées-collées le long des immeubles, ne laissant qu’une cinquantaine de centimètres pour les hypothétiques piétons. 

En voilà deux, justement, des piétons. À première vue, il est difficile de savoir s’il s’agit de Libanais ou d’Occidentaux : leurs peaux sont claires, mais ils portent tout deux des courtes barbes aussi brunes que leurs cheveux. Un détail toutefois trahit leurs origines extra-libanaises : l’un porte un petit sac à dos, et le plus barbu des deux a un appareil photo à la main. Le premier semble guider le second, observe, hésite, puis finalement trouve ce qu’il cherche. D’un geste, il désigne un bâtiment.

A bien y regarder, il s’agit d’une église, ou du moins de ce qu’il en reste. La toiture et le clocher en témoignent : à une époque ou une autre, des chrétiens devait venir s’entasser tous les dimanches dans la ruelle pour écouter des sermons. Mais ça devait être avant que le Hezbollah devienne majoritaire dans le quartier.

 

Les deux jeunes hommes s’approchent de l’église abandonnée, et après une seconde d’hésitation, se baissent pour passer sous la barrière qui en interdit l’accès. L’appareil photo va pouvoir se régaler, parce que le spectacle qui s’offre à leurs yeux aurait fait vibrer n’importe quel auteur romantique. Le toit de l’Eglise est totalement effondré, et la mousse mélangée au soleil divin qui a enfin pénétré dans ce lieu de culte ont développé une véritable jungle en plein cœur de la capitale libanaise. Les vestiges de peintures saintes et les marches de l’autel sont couverts de plantes variées, d’un vert luxuriant qui n’est pas sans rappeler les représentations du jardin d’Eden. Au cœur de la jungle biblique, les deux hommes saisissent à tour de rôle l’appareil photo, chacun tentant de capturer ce petit coin de paradis. Puis ils jouent à faire des photos moins artistiques, chacun prenant la pose soit d’un prêtre, d’une bigote ou de Jésus lui même. Puis, hilares, ils se dirigent vers la sortie.

 

Alors qu’ils se baissent à nouveau pour se glisser hors de l’Eglise, un bruit de scooter résonne dans la rue. Le moins barbu des profanateurs artistiques jette un coup d’œil au conducteur et son visage se fige. Sans desserrer les dents, il glisse une phrase qui immobilise l’autre : «  Merde, il a un flingue. »

 

Sur le scooter, il y a deux jeunes garçons, qui ne doivent pas avoir encore atteint la majorité. Le passager, voyant les photographes amateurs sortir de l’Eglise, a dégainé une arme de son blouson, ce que l’on peut effectivement décrire comme « un flingue ». D’un geste, il vise les deux touristes pendant une fraction de seconde. Puis il lève le bras en l’air en souriant, et tire.

 

Les deux hommes face à eux, ont deux réactions très différentes : celui qui porte l’appareil photo s’accroupit derrière les voitures, et descend la rue le plus vite possible tout en restant à couvert. Le deuxième, quant à lui est resté de marbre. Il marche lentement dans la même direction, sans se baisser ni même jeter un regard en arrière. Déjà, l’écho du coup de feu disparaît dans les étages et le moteur du scooter le remplace pour emmener le tireur et son ami loin des deux touristes.

Belle-routh l'aventurière

Publié dans Atelier d'écriture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

F. J. 18/06/2016 13:04

Bonjour Gaspard. Bon texte (bien sûr), nerveux, troublant. Difficile d'être à la fois l'organisateur et le "joueur" dans cet atelier? Du vécu??? A bientôt!