On finit toujours par payer

Publié le par Fenicottero

Texte et dessin réalisés pour le FANZINE NUMERO DOS de http://dledt.tumblr.com/

Texte et dessin réalisés pour le FANZINE NUMERO DOS de http://dledt.tumblr.com/

Il marche nu au milieu des champs. Il marche nu au milieu des champs, et ses pas le guident vers le Sud. Peut être que c’est plutôt le Nord dont il s’éloigne, mais ça n’a aucune importance. A sa gauche, les premières montagnes des Alpes découpent l’horizon, se  dressant par endroit comme des murs contre les plaines trop plates de la vallée du Rhône. Dans quelques heures, on le retrouvera, dans quelques heures, on lui fera payer pour ce qu’il a fait. On finit toujours pas payer, et c’est bien là le début de l’histoire.

 

Il marche nu au milieu des champs, avec pour seul habit le sang qui coule encore de ses bras et de son visage. Peut être est-ce le sien, peut être pas, mais ça n’a aucune importance. Dans sa main droite, il tient la machette qu’il laisse trainer à quelques centimètres du sol, et le contact du métal avec les herbes sèches du champ joue une mélodie silencieuse qui accompagne le rythme régulier de ses pas. Le sang qui goute lentement de ses bras, de ses mains et de sa machette laissent des petites traces rouge sombre sur l’herbe jaunie. Il fallait bien qu’il paie. On finit toujours pas payer, et c’est bien là le début de l’histoire.

 

Il marche nu au milieu des champs, et il repense à la vie avec ses courbes, ses pics et ses chutes trop nombreuses. Peut-être que ces chutes sont les siennes, peut être pas, mais ça n’a aucune importance. Derrière lui, une vie à plier l’échine, transformant son corps en un immense point d’interrogation sans réponse. Devant lui, qu’importe, le devant n’a plus d’importance. Ce qu’il vient de faire a nettoyé d’un geste toutes les humiliations, a redressé le point d’interrogation pour le transformer en point d’exclamation, et plus rien d’autre n’a d’importance. Il a montré que c’était possible. Il a montré que l’on finit toujours par payer, et c’est bien là le début de l’histoire.

 

Il marche nu au milieu des champs, et se souvient des derniers moments qu’il a passé avant de partir à travers champs. Peut être que ce moment était le sien, peut être pas, mais ça n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est ce qui l’a amené là. À marcher nu dans les champs, une machette à la main. C’est l’impunité. C’est de voir sa vie s’écouler entre ses doigts sans pouvoir la retenir, c’est de comprendre que d’aussi longtemps qu’il se souvienne, c’est toujours les mêmes qui ont été au dessus, et toujours les mêmes qui regardaient leur vie glisser entre leurs doigts. Il a senti la peur de payer pour ses erreurs, pour sa naissance et pour ses choix. Et il a senti qu’eux n’avaient pas peur. Pas peur de payer, alors que l’on finit toujours par payer, et c’est bien là le début de l’histoire.

 

Il marche nu au milieu des champs, et sait que maintenant, et pour quelques temps, les grands auront peur, eux aussi. Peut être que ça durera, peut être pas, mais ça n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est d’avoir prouvé qu’on pouvait le faire. Qu’on pouvait faire payer ceux qui font payer les autres. Qu’on pouvait amener la peur et le regret chez eux, avec les croissants et le café frais. Qu’on pouvait amener la justice injustement. Que comme eux, on pouvait enjamber la légalité. Il ne lui restait plus rien, plus rien à perdre et c’est pour ça qu’il l’avait fait, c’est vrai. C’est aussi pour ça qu’il était venu nu. C’est pour ça qu’il était entré nu dans la maison de celui qui avait volé tout le monde. Celui qui avait volé ses voisins. Qui avait volé les travailleurs, qui avait volé les familles, qui avait volé tout le monde et qui prenait son petit déjeuner dans son jardin parfait, devant sa villa parfaite. Un voleur baignant dans l’argent et dans le bonheur. Mais maintenant il ne baigne plus que dans le sang. C’est normal, il fallait bien qu’il finisse par payer.

 

On finit toujours pas payer. C’est bien là la fin de l’histoire.

Publié dans Nouvelles Absurdes

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F. J. 25/07/2017 16:38

Bon, beau texte, voyageur! Bravo, efficace, à porter à voix haute. Bon été à toi! François

Fenicottero 25/07/2017 17:43

Merci à toi ! Et bel été aussi alors :)

Angelilie 15/05/2017 21:14

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. lien sur mon pseudo. au plaisir