De main en main (Quatrième main)

Publié le par Fenicottero

Ce texte est la suite d'une publication plus récente : comme cette histoire est amenée à perdurer, je vous conseil de commencer par le début :

Première et deuxième main : http://www.fenicottero.fr/2016/12/de-main-en-main.html

Troisième main : http://www.fenicottero.fr/2017/05/de-main-en-main-troisieme-main.html

 

Qu’est-ce qu’il a lui ? Qu’est-ce qu’il a l’humain ? Avec ses trucs qui font ding-ding accrochés aux oreilles ? Il a même pas de poil sur la tête ! Il sent les haricots rouges et le sucre de cane. Pourquoi il vient chez moi ?

Je suis un crack, moi, en odeur. Pas comme les chats, ou les sangs mêlés qui savent même plus d’où ils viennent. J’suis un crack moi.. L’humain, là, il sent la peur. Il pue l’animal dangereux. Je le laisse passer sans rien dire. Un humain qu’a peur, ça tape le chien. Je connais. J’ai déjà eu un humain. Alors je le laisse passer.

Un humain, c’est bête. Un humain, c’est bête, et des fois quand ça a peur, ça tape. Je connais, j’en ai eu un. Mais maintenant je suis tranquille. L’humain il doit être hyper triste.. Il est bête: il m’a oublié au bord de la route pendant l’été. Je sais pas comment il va faire sans moi. Peut être qu’il est déjà mort. Ou qu’un autre chien l’a adopté, pour pas qu’il soit mort. Sinon il est enfermé dans la maison. Parce que sans moi, il sortait pas. C’est bête, un humain.

Ça y est, il est parti. Putain d’humain. Reviens jamais. Ici, c’est chez moi ! Je suis pas né ici, mais là, c’est chez moi. Je pousse un grand hurlement. Il est déjà parti mais bon. Je suis chez moi. Il a caché, c’est sûr. Un humain ça cache pas son caca, je le sais, j’ai déjà eu un humain. Alors c’est pas du caca. Il a caché, mais c’est pas du caca. Trouver. Trouver ce qu’il a caché, l’humain. En moins d’une minute, ma truffe a trouvé. Ça c’est de la truffe pure race. C’est pas de la truffe de batard, ça.

Tiens encore l’oiseau qui revient. Un jour, je te bouffe. Qu’est-ce que je cherchais, déjà ? Ah oui ! L’humain et le pas-caca. Sous moi. Vite, creuser. Avec un corps aussi fort que le mien, facile. Creuser, trop facile. Je creuse, je creuse. Trop facile : j’ai déjà trouvé. Un grand sac noir, il a enterré l’humain.. Je tire le sac. C’est pas facile, mais moi je suis très fort. Je suis très fort parce que… l’oiseau. Oh ! Il est là. Ce coup là… Pfff flouch ! il s’est encore envolé. Voler, c’est le seul truc que je sais pas faire.

Nous les Epagneuls Bretons, on sait tout faire. Le Perdiguero de Burgos dit que je suis pas un pur race. Lui, c’est un sale chien de la casse.. Moi, je suis Jean-Marie Lekleps alors je suis un pur race. Ici, c’est chez moi ! Ouh ! Le gros sac. Ah oui, le gros sac. Vite, tirer le sac vers ma maison. Je suis très fort, alors c’est facile.

C’est bête, un humain. C’est très bête, parce que celui qui pue la peur et qui fait ding ding, il a caché du papier dans un sac, dans la terre. C’est bête, parce que le papier on peut pas le manger. Et c’est même pas du caca. Alors ça sert à rien de l’enterrer.

Mais moi, je suis pur race, je suis un Epagneul Breton. Je suis chez moi, pur race, trop fort, trop intelligent. Jean-Marie Lekleps, on la lui fait pas. Je sais tout utiliser. Alors, hop ! d’un coup de dent, hop ! je déchire un peu le sac et je mets tous les papiers par terre. Facile. Ça fait un super matelas, super. Je les étale bien partout, les papiers. D’un œil, je vois l’oiseau. Je dis rien. Je continue à mettre les papiers partout. D’un coup, bim ! je lui saute dessus, je l’attrape avec mes dents ! Ah non. En fait je l’ai pas attrapé. Il est là-haut sur la fenêtre. Il a encore volé, c’est nul les oiseaux.

Je bouge plus. Je cours sur mon lit, parce que j’ai senti. J’ai senti un humain. Pas celui qui fait ding ding. Un autre. Mais c’est pas la même odeur. Déjà, il sent pas les haricots rouges. Il y a autre chose. Il s’approche, je le vois pas encore. Il sent… il sent la vieille dame qui venait tout le temps chez mon humain ! Il sent la femelle !

Heureusement que j’ai une super truffe, sinon j’aurais rien senti. C’est parce que je suis un Epagneul… Oh ! Elle vient. Elle s’approche, elle sent pas la peur. Ah, si un peu. Je grogne, les humains ils aiment pas quand je grogne. Elle recule pas, mais elle avance pas. Elle me regarde. C’est parce que je suis un super mâle ? Surement. Mais faut faire attention. L’humain c’est bête, mais des fois ça tape, ou alors ça envoie des cailloux. Ça fait mal les cailloux. Ça fait mal et ça déchire la peau de nos filles et nos compagnes. Faut faire attention. Je connais les humains, j’en ai déjà…

Pourquoi elle regarde les papiers comme ça, elle ? On dirait qu’elle a vu la niche patrie. Elle sourit, elle a les yeux vachement ouverts. C’est dangereux un humain ! Parce que… ah non. Elle s’en va. Trop peur de moi, c’est sûr. Elle a vu. Elle a vu le pelage tacheté de roux, elle a vu la lignée de chasseurs. Elle a vu la France, elle a vu la force. Personne n’attaque Jean-Marie Lekleps. Personne !

Je me recouche. J’attends l’oiseau. Je vais le bouffer, ça va être super. Super horrible pour lui, super facile pour moi. Je vais faire croire que je dors, et il va revenir…

Oula, j’ai dormi pour de vrai. Mais c’était volontaire. Je fais tout exprès, je suis un pur race. Pas comme l’autre chien de la casse. Moi je dors quand je veux. Ça sent encore l’humain, pas celui qui fait ding ding mais celui qui est une femelle. Elle revient. Je vais re-grogner, elle va re-partir. C’est bête un humain. Je grogne. Elle part. Ah, non. Elle part pas. Elle a un gros sac sur le dos, et elle part pas. Elle me regarde encore. Mais elle regarde surtout les papiers. C’est bête un humain. Je le sais j’ai déjà eu un humain.

Elle sort un truc de son sac. Des croquettes. L’humaine a des croquettes ! Faut que je m’empêche de battre de la queue. Ça fait pas sérieux. Ça fait pas dominant. Ça fait chat qui ronronne. Des croquettes ! Des croquettes, pour de vrai ! Depuis mon humain j’en ai pas mangé des croquettes. Ah si, une fois. Allez je suis fort. Elle croit m’avoir, elle m’aura pas. Je la regarde même pas. En plus c’est pas des Pedigree ni des Purina One alors je m’en fous pas mal. Elle m’aura pas. Elle n’aura pas mon lit, qu’elle n’arrête pas de regarder. Je grogne un coup. Elle a peur, c’est obligé. C’est peureux un humain. Elle sort un autre truc de son sac. Encore des croquettes… Je me fige. C’est des Pedigree ! Des vraies ! Rester concentré. J’en ai quand je veux des croquettes. Mais pas des Pedigree … je m’en fous, je m’en fous. Je suis un pur race. Je suis pas un chien de la casse. Et le papier de mon lit il est à moi. Je suis chez moi ! Je suis chez moi ! L’envahisseur ne m’aura pas avec un sac de croquette ! Même Pedigree ! Je suis chez moi !

Elle se penche encore sur le sac. Dans ce pays, ils sont prêts à tout pour nous prendre nos terres. Ils veulent nos lits, nos gamelles, nos femelles ! Ils veulent qu’il ne reste que des bâtards ! que des sangs-mélés ! Mais moi ils m’auront pas ! Du pâté. C’est ça qu’elle sort de son sac. Je me dresse d’un coup, non ! Pas céder ! Penser à l’honneur canin ! Penser à la nation, la patrie qu’un jour je retrouverais ! Penser au jardin, à l’air de la mer ! Penser aux restes d’andouille, aux galettes et aux mouettes ! Pas battre de la queue ! Arrête de battre de la queue ! Je salive, elle ouvre la boite… l’odeur est terrible. Rassieds toi ! Oui voilà, bon chien ! Pas bouger. Pas intéressé. Pas faim. Si, j’ai faim, j’ai très faim. Non ! Penser à l’oiseau ! Je vais le bouffer l’oiseau. Pas le pâté. L’oiseau. Pas le pâté. L’oiseau ou le pâté ? L’oiseau, facile. Pffff ma race est si puissante, hop ! je m’en fous du pâté. Facile.

L’humaine me regarde dans les yeux. Haha, je craquerai pas. C’est bête un humain. Elle sait pas que je suis un pur race moi. Elle retourne son sac pour le vider par terre. Ma mâchoire inférieure tombe en même temps que le gigot. Un gigot. L’humaine a un gigot pour moi… C’est bête un… moi je… pur race… chez moi ! Breton…

Mes dents sont enfoncées dans la viande, le jus… c’est tellement bon un gigot ! Ça coule et ça sent le sang ! Un gigot entier ! C’est bête un humain, mais c’est bon un gigot ! Elle est bête, elle est par terre sur mon lit, elle pousse des petits cris. Elle met tous les papiers dans le sac plein de terre… C’est bête un humain ! Elle préfère plein de bouts de papier à un gigot… Elle peut bien prendre tout le papier, je m’en fous ! J’ai déjà fini le gigot ! Et elle récupèrera jamais les croquettes Pedigree et le pâté ! Qu’elle essaie d’y toucher ! Qu’elle essaie de les reprendre… Je suis chez moi !

Elle s’approche de moi. Je vais grogner. Il faut que j’avale le pâté avant… Je vais grogner ! Elle met sa main sur ma tête. Comme mon humain. C’est bête un humain ! Mais c’est bien la main sur la tête. Surtout après manger. Elle me fait un câlin. Les humains c’est nul. Ou juste bien pour les câlins. Elle me parle. Pfff c’est bête un humain : je parle pas la langue des étrangers.

Tiens ? Elle n’a pas les mots des humains d’ici. Elle dit : « viens ! ». Comme mon humain ! Elle parle l’Epagneul Breton ! Elle parle la patrie ! Mais elle m’aura pas.  Je me méfie, même avec un gigot et un câlin. « Allez viens ! blablabla maison. » Elle a dit « maison ». Elle veut me ramener chez moi ! Avec les galettes et les restes d’andouilles. J’ai un plan : le gentil chien. Je suis gentil, hop ! Elle va me ramener là-bas. C’est sûr, parce que c’est bête un humain.

Je lui montre que je suis pure race. Je suis beau. Je suis fier. Je suis un Epagneul Breton. Personne ne peut résister. Elle dit encore « viens ! » et elle s’en va. Alors je la suis, parce que j’ai plan. Je suis un gentil chien. L’humaine va me ramener chez moi. Demain, je serai chez moi !

De main en main (Quatrième main)

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Angeline 15/06/2017 19:10

j'aime me promener ici. un bel univers. venez visiter mon blog (cliquez sur pseudo) merci