Chroniques de Bogota

Publié le par Gaspard Fenicottero

Au premier jour, on inventa le téléphone fixe. Puis avec le temps vinrent ses amis les téléphones mobiles qui peu à peu s'installèrent avec leur petit air narquois dans la poche de Monsieur Toule-Monde, de sa femme, de ses enfants dont le dernier de huit ans, et même de sa belle-mère.

Rapidement les téléphones fixes disparurent. Avec eux les boitiers muraux dans la cuisine, les lignes et les fils, les fixes dans les voitures mobiles. Mais surtout finies les cabines téléphoniques: Londres perd son cliché et le mobilier urbain du vingtième siècle prend l'eau. Maintenant on marche, on roule, on conduit, on grimpe, voyage et visite en téléphonant. Téléphoner est devenu un verbe de mouvement.

Mais pas en Colombie. Pour 150 pesos la minute, on peut passer un coup de fil, accroché à un caddie, un étal ou au veston d'un locataire de téléphone à la minute.

A l'aide de lacets et de pinces en fer, les Colombiens ont refixé le téléphone.

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L'adresse dans la poche, nous cherchons le bar. Sur le papier que j'ai dans la main, il est écrit Cl16 9-67. Nous sommes à Kr16 24-13. Et merde.

Les adresses dans les villes géométriques construites "à l'américaine" ressemblent à des codes barres. Les premières lettres indiquent s'il s'agit d'une Calle ou d'une Carrera, donc s'il s'agit d'une rue Nord-Sud ou Est-Ouest. Ensuite vient son numéro (16) séparé de celui de la rue qui fait l'angle (9) ainsi que le numéro de la porte (67). Même si certain numéros sont accompagnés d'un nom de Saint, on est bien loin du charme des noms de rues françaises, où le Général de Gaulle se mélange à la rue d'Algérie, tandis que les Soeurs Noires boudent le cours Emile Zola. Après quelques jours nous arrivons presque à chaque fois au bon endroit.

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Dans l'Amérique de Simon Bolivar, le tunning a encore de l'avenir. Cet art de la décoration kitch et lumineuse des véhicules motorisés, du scooter aux camions de transport longues distances, cette culture des néons et des caissons de basse a de quoi faire pâlir d'envie nos tunneurs européens. Parce qu'ici, en bord de plage, nous avons rencontré le véhicule le plus viril de toute la côte ouest de l'Amérique Latine. Un pick-up aux proportions impressionnantes trônait sur une route de bord d'Océan. Et là, sous la benne du monstre pendaient une paire de couilles de taureau en argent. Parce que oui, le tunning peut se conjuguer à la poésie.

Chroniques de Bogota

Publié dans Récit de Voyage

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