Hip Hop al Parque

Publié le par Gaspard Fenicottero

Hip hop al Parque est le plus grand festival de hip hop d'Amérique Latine: plus de cent mille jeunes Colombiens et Latinos des pays voisins s'y rendent, pour trois jours de rap, de breakdance, de graffiti et de drogues.



Devant l'immense parc Simon Bolivar à Bogota, des centaines de jeunes sont regroupés à l'entrée du festival. Face à nous, des barrières séparent les hommes des femmes, et les bras écartés nous sommes fouillés un par un, des poches aux chaussettes, de la casquette au fond du portefeuille. Le policier qui s'occupe de moi jette mes cigarettes et mes feuilles à rouler.



Puis, nous marchons... Jusqu'au deuxième barrage. Là on me fait enlever mes chaussures, et je confie ma ceinture à l'une des gardiennes "d'affaires interdites" qui pour quelques pesos sauve des objets du grand sac plastique noir. Mon briquet, quant à lui, plonge avec effrois dans les abysses des poubelles.



Une fois le deuxième contrôle passé, mon pantalon un peu trop grand et libre de tomber a l'allure d'un vrai baggy de rappeur. Les chaussures encore à la main, nous nous rendons... vers le troisième contrôle.



Le fait que nous ayons trois contrôles de police à passer pour accéder au festival est clair: ici, pas de violence et pas de drogues. Déjà que la ville n'a fait absolument aucune publicité, et qu'aucun touriste n'est au courant du festival, ce n'est pas pour que ces dégénérés aux habits trop larges fassent une orgie dans la capitale. Même les stands de bière ne servent que de la Aguila Zero, sans alcool. Un festival propre et sobre.







Et pourtant, de la foule s'échappent des nuages de fumée, et les vendeurs à la sauvette n'arrivent pas à tenir le rythme des commandes de bouteilles de guaro, l'eau de vie. Visiblement, trois contrôles, c'est trop peu.



Sur scène, les artistes se suivent, et le niveau est à la hauteur du Hip-Hop latino: très élevé. Sans limitations de décibels, le parque Simon Bolivar, plus grand que Central Parc, vibre du meilleur rap, et s'élève au dessus de son nuage de fumée. Assis sur les marches, nous observons le public.



Tout le monde a sorti ses plus belles tenues, et c'est l'histoire de la mode des B-Boys qui s'affiche devant nous: bandana, marcel blanc, Timberland ouvertes, chemises et t-shirt de basket, capuches et démarches de gangsta.



Au micro, Gabylonia enflamme la foule: la rappeuse vénézuélienne a son public dans la poche, et chante contre les abusos de poder de la police. L'ambiance est électrique, et la centaine de policiers qui entourent les dizaines de milliers spectateurs ne doit pas se sentir dans son assiette. Quelques temps plus tard, quand l'un d'entre eux essaye d'arrêter un vendeur, la foule siffle et menace le porteur d'uniforme et d'autorité relative.



Pendant que nous profitons du son et des effluves de marijuana, un phénomène attire mon regard. Alors que nous sommes au sommet des marches de ce qui pourrait être un hypodrome romain, des centaines de personnes de la fosse viennent de faire demi-tour pour courir à toute vitesse le plus loin possible de quelque chose qui les terrifie. En une seconde nous attrapons nos sacs et courons avec ce qui est devenu un mouvement de foule géant, entrainant à toute vitesse des milliers de jeunes vers les sorties de secours. Honnêtement, on en mène pas large. Un mouvement de foule la nuit dans un festival de Hip-Hop gratuit à Bogota, ça stimule l'imagination. Coup de feu? Baston géante ? Charge de police ?







Nous n'en saurons rien. Le mouvement s'est arrêté, mais pas la musique. Sur scène les rappeurs semblent n'avoir rien remarqué, et en une minute, la foule reprend son mouvement de base: le bras en l'air battant le rythme. Dix minutes plus tard, à nouveau les gens qui courent, la peur, puis les rires et le retour au calme. On n'y comprend rien, mais au fond on n'apprécie que mollement l'ambiance, et après six heures de rap, nous rentrons dans le centre. Le lendemain, les concerts en journée seront aussi incroyables, et la nuit aussi inquiétante. Mais quel festival!

Hip Hop al Parque

Publié dans Récit de Voyage

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François Journet 20/10/2014 22:37

Impressionnant et inquiétant la course soudaine là-bas dedans, Gaspard ! As-tu remis ta ceinture?
A bientôt, camarade!
Bises