Lumineuses poubelles du Pacifique

Publié le par Gaspard Fenicottero

Le problème du Pacifique, et je dirai même que le problème de la saison des pluies au Pacifique, c'est qu'il pleut. Mais un temps breton sur une plage colombienne, ça reste supportable.
Sur le bord de la plage de la Barra, à deux heures de Buenaventura, nous observons une dame qui balaye un carré de sable. Elle lutte contre l'arrivage incessant de bois trempés et de poubelles flottantes venues des grandes villes. Après un moment, conquis par sa lutte, nous nous armons de nos mains pour l'aider à trier, rassembler et enterrer les déchets qui osent défigurer le paradis.
Nous sommes rapidement rejoins par un jeune de Buenaventura qui paie une dette en travaillant à la Barra avec les touristes. Sa chienne a tué deux lapins en ville, et s'il ne rembourse pas les cinquante mille pesos au propriétaire, ce dernier a promis de le dénoncer aux "paras" qui lui feront payer quatre fois plus. Alors à treize ans il passe ses vacances a aider les touristes, mais ne peut s'empêcher de courir derrière les milliers de crabes qui peuplent la plage. Du coup, on traine avec "le Crabe" toute la journée à rassembler les poubelles.
Les bouteilles, les chaussures et les caisses en plastiques s'entassent peu à peu devant le grand trou que nous creusons. Je cours acheter un litre d'essence, et nous aspergeons les poubelles et la pluie reprend de plus belle.
Jusqu'à ce que le soleil se couche, nous faisons des aller retour sur la plage, agrandissant le feu et réduisant vaguement la pollution. Jusqu'à ce que l'Océan recrache à nouveau ce que l'humain lui fait manger depuis cinquante ans.

De l'autre côté de la baie se cache Juan de Dios, composé d'une plage paradisiaque et d'une maison. Sur la plage, de nuit, cinq personnes boivent un verre de rhum en silence avant de se jeter dans l'eau. L'un d'entre eux, barbu et persuadé d'avoir un peu trop bu, regarde ses mains dans l'eau aussi noire que la nuit. Chacun de ses mouvements transforme le bout de ses doigts en petite lumière éphémère. Dans un premier temps il n'ose pas en parler aux quatre personnes qui barbotent autour de lui, craignant la réaction légitime desdites personnes. Et soudain, se faufilant entre les effluves de rhum et les doutes visuels, un souvenir refait surface: un autre bain de minuit dans une autre eau salée. Et la réponse était déjà la même en méditerranée: c'est le plancton qui joue le lampion. Le Pacifique est plein de poubelles et de lumières nocturnes. Mais la nature n'est pas rancunière et elle nous offre un lumineux spectacle sur la plus belle plage de notre voyage à moins d'une semaine de notre retour en France.

Lumineuses poubelles du Pacifique

Publié dans Récit de Voyage

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