Road 66

Publié le par Fenicottero

Seligman, Arizona.

Sur le bord de la route 66, le soleil se couche : il est 17h30. 16h30 pour le reste de la côte Ouest, mais l’Arizona résiste encore et toujours au changement d’heure hivernal. Chacun son combat contre les lois fédérales.



Dans le Westside Lilo’s Cafe, on sert les dinners à la vingtaine de clients attablés sous les trophées de chasse et les plaques d’immatriculations magnifiant la nationale 7 des States.

Brigit, la serveuse au t-shirt rose - lui aussi à la gloire du bitume le plus connu du monde - prend les commandes. Burger et Budweiser, c’est pas cher et ça nourrit son homme (et sa femme). L’ambiance est classique aux yeux de l’énorme cerf empaillé qui domine la salle, mais pour les deux frenchies, c’est un nouveau plongeon dans une bobine de film.

Une demi-heure plus tard, alors que les burgers font moins les malins, la salle s’éclaire soudain des phares d’un pickup XXL. Le chauffeur qui en descend - pourtant loin d’être court sur patte - n’arrive même pas à la hauteur de ses rétroviseurs extérieurs. Quand lui et sa bande ( ou sa famille, frères et père) entrent dans le restaurant, le français aux lèvres rendues douloureuses par l’air sec du désert déglutit difficilement sa dernière bouchée de steak aux hormones. Ils sont quatre, ils sont jeunes, et habillés des pieds à la tête en tenue de camouflage. Pas des fiers marines, juste une bande de chasseurs venus descendre le stock de bières et monter le taux de protéines. D’un oeil, la française compte les « hommes camouflés » dans la salle. Ils sont en fait une petite dizaine, répartis entre les tables. Rendu un peu nerveux par l’ambiance chasse-pêche-et-Donald-Trump, le couple règle l’addition et quitte les lieux, non sans croiser un autre groupe d’amoureux de la Winchester et des treillis verts, qui vient de débarquer sur le parking.

Alors, main dans la main et esprit dans le flou, ils montent dans leur van devenu minuscule et reprennent la route pour rejoindre leur camping à deux miles de là, pour s’endormir pas si longtemps après les poules. Pendant que les vaches regardent passer les lumières d’un train au milieu d’une plaine aussi magnifique que désertique, les deux humains dans leurs duvets se disent qu’après les athlètes peroxydés des plages de Santa Monica et les acros de la roulette de Vegas, ils viennent de rentrer dans une autre Amérique.

Road 66
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

F. J. 12/11/2017 10:52

N'oublie pas le gilet pare-balle. (Et bravo pour ton écriture!). Signé: un déserteur professionnel masqué.